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Infos prison sur Saint Etienne

Quelques infos critiques sur la prison et l'enfermement à Saint Étienne, parues sur la page fb du même nom

"C'est des traitements de l'ordre de l'humiliation, qu'on partage avec les détenu.es"

Publié le 7 Janvier 2025

Récit et réflexions sur la justice et la psychiatrie, la violence, la folie et la normalité… à travers notamment le passage par une UMD (Unité pour Malades Difficiles)

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Je m’appelle Max, je vais avoir 37 ans. Comment je me présente ? J’ai pas mal de passions, je fais de la zic, du jeu de rôle, du skate… je m’occupe de plein de trucs. J’essaye de perdre le réflexe qu’on a souvent de se présenter, quand on a un passif psychiatrique, par rapport à la maladie… c’est une déconstruction personnelle.

 

Est ce que tu veux expliquer si tu as eu affaire à la justice ou à la psychiatrie en premier, ou les deux en même temps ? Et comment ça c’est passé dans ta vie ?

 

C’est un peu entremêlé justice et psychiatrie dans mon histoire, parce que ça a commencé par des gardes à vues répétées, par un rapport à la police qui savait où j’habitais etc... et ça a été compliqué pour mes proches de me faire interner dans un premier temps.

En second temps c’était difficile d’en sortir, mais au début c’était difficile d’y rentrer. Je dirais que j’ai eu affaire aux deux en même temps parce que dans mon histoire c’était lié, mon entrée en psychiatrie elle s’est fait par une arrestation.

 

Est ce que tu veux nous dire quels ont été les différents moments de ta vie ou tu as été contraint de rentrer dans des institutions psychiatriques ?

 

Il n’y en a pas eu tant que ça, mais c’était lié avec mes épisodes délirants, qu’on appelle bouffése délirantes. Le diagnostique qui a été posé ensuite c’est la schizophrénie qu’on appelle paranoïde, mais aujourd’hui on parle plutôt de spectre de la schizophrénie.

Ça veut dire que j’étais dans un délire total, je parlais avec les arbres, avec les oiseaux… j’avais des accès de violences…. J’ai eu affaire au juge des libertés et de la détention qui conditionne ta condition de patient, quelles sont les modalités de ton internement, est ce que tu as le droit de sortir de ta chambre, qui évalue ta dangerosité… moi c’est le préfet qui a choisi de m’interner pour mon plus long internement, et pour le premier c’était une HDT ça veut dire une hospitalisation à la demande d’un tiers, c’est mes parents qui en avaient fait la demande. J’étais délirant et violent et ils ont mis environ 6 mois à me faire internet la 1er fois, et je suis sorti au bout de 2 semaines parce que j’étais dans mon délire mystique et j’ai manipulé les psychiatres pour sortir, et je suis sorti.

La première fois que j’aurais dû avoir affaire à la psy c’était à ma première décompensation il y a 25 ans, je me suis jeté par la fenêtre du 2ème étage et on m’a demandé si je voulais avoir un suivi et j’avais refusé à l’époque parce que je consommais pas mal de stups et je pensais que c’était ça, j’étais à 1000 lieu de penser qu’il y avait un truc pathologique derrière.

Donc ça c’était la première étape, la seconde l’internement suite à la demande de mes parents, qui a duré 2 semaines , et la 3ème qui a duré 3 ans en psychiatrie adulte classique à la demande du préfet, puis en UMD (unité malades difficiles) pendant 6 mois, j’étais à Avignon à l’unité de Montfavet, puis j’ai fait une rechute où j’ai été interné à l’UA3 à ST Étienne, avant j’étais à Roanne.

 

Est ce que tu peux expliquer les différences entre ces institutions ?

 

Bein comme tu l’as dit c’est des institutions, donc il y a pas mal de points communs, c’est ce qu’on appelle des lieux de privation de liberté c’est à dire c’est un lieu qu’on nous vend pas mal pour le soin, pour le bien de la personne, mais ce que j’ai trouvé assez paradoxal dans mon histoire, c’est que quand j’en avais besoin, donc avant que je fasse un acte assez grave, c’était compliqué pour moi (et beaucoup de gens sont dans ce cas) de se faire internet. Donc si c’est un lieu de soins, de bienveillance et de prévention pourquoi c’est difficile de se faire interner quand on sent qu’il y a une dangerosité naissante alors qu’il est difficile d’en sortir quand on sait qu’on est dangereux pour la société ?

Ensuite les différences c’est une question de notion de liberté. La psychiatrie est échelonnée entre quartier ouvert et fermé. En fermé t’es dans ta chambre, t’as une cour, on compte tes cigarettes en général, t’as un goûter… c’est un truc un peu routinier mais c’est assez contraignant, t’es dans un espace clôt, t’as une petite cour, voilà…

Après t’as le secteur qu’ils appellent ouvert. Où t’as les clés de ta chambre. T’as une cour, enfin à Roanne il y avait un parc. Après t’as l’UMD qu’on peut appeler prison psychiatrique, là c’est plus un lieu de haute sécurité. Là c’est un peu comme en prison t’as des temps de promenade, de cours… ils font ce qu’ils appellent du séquentiel, t’as pas les clés de ta chambre, c’est pas toi qui décide quand tu sors et quand tu rentres, et ils évaluent ton niveau de dangerosité par rapport à la sécurité des infirmiers, des psy etc, et par rapport à ça ils te donnent plus ou moins de liberté, ils te mettent dans des pavillons... ça fonctionne un peu à la récompense, c’est un peu l’éducation par la contrainte... c’est un rapport à l’autorité qui est assez bizarre… ils ont ce truc du rapport à la frustration parce qu’ils évaluent ta dangerosité par rapport à ta résistance à la frustration… un truc comme ça

 

Ça se concrétise comment d’évaluer la résistance à la frustration de quelqu’un ?

 

Alors moi on me l’a expliqué comme ça, pour te dire quand je suis arrivé en UMD, j’attendais mon jugement. Je suis arrivé en UMD j’étais déjà sortant d’un point de vue médical, depuis plus d’un an et demi, donc plutôt en pleine conscience de mes moyens

 

Ça veut dire quoi être considéré comme sortant d’un point de vue médical, mais être quand même dans une autre institution ?

 

C’est le juge des libertés qui avait décidé que je ne pouvais pas sortir de ma chambre, ou du secteur fermé de l’hôpital classique, avant mon jugement. Donc d’un point de vue justice j’étais enfermé. Mais il y avait une contradiction avec ma psychiatre de l’époque, j’ai eu différents psychiatres, qui me disait que d’un point de vue médical j’étais sortant. En fait si j’ai passé 3 ans en psychiatrie c’était pour la justice, pour attendre mon jugement, parce que j’étais soigné. C’est pour ça que ça a duré aussi longtemps parce que j’aurais pu rester là-bas 1 an et demi.

 

En fait tu t’es retrouvé en gros à purger une peine à l’hôpital ? C’était pas du soin, c’était purger une peine...

 

C’est ça, quand j’ai vu la juge d’instruction, mon avocat m’avait dit que j’avais 90 % de chances de dormir en prison. Elle m’a pas mis de provisoire mais je suis retourné en HP. Donc on peut estimer que j’ai fait ma provisoire en HP, mais ça n’a pas de statut légal.

 

Donc après t’étais dans un statut où t’aurais pu être remis dehors, mais ils t’ont transféré en UMD ?

 

Oui alors ça c’était… il y a eu pas mal de flou sur mon dossier… il y avait ma psychiatre qui me disait « vous êtes sortant, on se bat contre la justice » « on est là avec vous, c’est inadmissible qu’on n’ait pas la main là dessus, on est pas une prison » elle disait que d’un point de vue éthique, pour elle qui était médecin, c’était pas tolérable, cette situation… qui était ambiguë entre justice et soins, car il n’y avait plus de justification de soins.

 

Moi je me trouve en UMD, c’était un peu fourbe du point de vue des soignants parce qu’on me l’a vendu en me disant « vous verrez, vous aurez un piscine, un stade, une salle de sport, un billard… vous pourrez sortir de votre chambre, fumer quand vous voulez.. ». Parce qu’en fait le juge des liberté pour lui je pouvais pas sortir de ma chambre, d’un point de vue légal. Je sais pas comment c’est possible, ni même si c’est légal, mais juste sortir fumer dans la cour, du point de vue du juge des libertés, c’était pas possible.

 

Mais t’étais dans une pièce qui était fermée à clé ?

 

Bein la psychiatre ils ont pris des libertés. Ils m’ont laissé sortir dans la cour, ils m’ont mis en secteur fermé. Mais bon, t’es dans une cour, fumer des clopes, ta télé… c’était l’enfer. Mais après c’était pire. Parce qu’on m’a dit « on va vous envoyez la bas vous pourrez sortir y’aura un cadre plus sympa… » C’est vrai qu’on était entre nous. Y’avait un peu plus de vie mais…

Et en fait quand je suis revenu d’UMD, donc si mois après, on m’a dit « oui mais il fallait aussi qu’on évalue votre dangerosité vous comprenez » alors qu’on me l’avait pas vendu comme ça à la base.

Moi j’ai accepté d’aller en UMD alors que je savais pas qu’il y avait une commission tous les 6 mois, qu’il y a de gens qui y passent des années voir leur vie, donc c’était quand même dangereux d’être interné en UMD, c’est pas rien quoi. Et puis dans un dossier psychiatrique par rapport à un médecin ou une institution ça fait flipper parce qu’on a des préjugés de documentaires à la con, de stéréotypes… qu’on véhicule sur les schizos, et sur les pathologies en général.

 

Ils t’ont demandé ton accord pour l’UMD ou ils t’on mis de force ?

 

Ils m’ont demandé validation mais en gros c’était déjà acté… j’aurais pu refuser mais ils ont fait le forcing. Quad je suis arrivé là bas, pour te dire d’entrée, j’étais sortant depuis 1an et demi, donc stable, déjà j’ai été emmené en ambulance menotté avec deux infirmiers, attaché à un lit.

Arrivé là-bas on m’a dit « déshabillez vous », on m’a mis dans une pièce, on m’a balancé un pyjama. Je suis resté une semaine dans une pièce avec un matelas et chiotte. Une semaine avec une clope par jour, en pyjama, avec une couverture, il caillait… et une clope par soir. Et ça c’est le tarif d’entrée. Alors que j’arrive là-bas, je suis stabilisé depuis 1 an et demi donc d’un point de vue médicale y’a plus de dangerosité à tester.

 

C’est ce qu’ils appellent la résistance à la frustration… moi je le compare à ça, pour voir si un chien mord ou s’il est agressif tu lui mets pas des coups de bâtons quoi… moi je l’ai vécu un peu comme ça : ils te cassent ils te brisent. Après ça va avec tout le concept de dépersonnalisation, du fait que t’aies pas accès à tes vêtements, que t’aies pas la coupe de cheveux que tu veux… y’a un coté « on essaye de construire un citoyen »… des trucs complètement normés qui ont pas de sens chez toi forcément… je dis pas que tout le corps médical ou toute la psychiatrie est comme ça...

Mais on est soumis aux préjugés, et aux personnalités et aux opinions des gens qui constituent le corps soignant.

 

Ça ressemble à quoi la vie en UMD ?

 

Moi ce qui m’a surtout aidé à tenir en UMD c’est les rencontres. Tu verras le public des UMD c’est quand même varié.

Les UMD (ca veut dire unités Malades Difficiles) y’en a une au Vinaitier, y’en a une à Avignon y’en a plusieurs en france… nous on était entourés par une fosse, des murs, des portails d’entrée sécurisés, des gardes, des infirmiers qui ont toujours des sédatifs sur eux en piqûre et des moyens de nous contraindre si y’a un problème, j’ai vu des trucs assez chauds, où ils sautaient à trois sur un mec qui souffrait d’autisme en crise... ils lui sautaient dessus pour le piquer. Pour l’enfermer dans sa chambre. Puis t’as un climat qui est assez chaud, c’est chelou, ils comptent tous les couverts… et ça nous conditionne à avoir un peu peur de nous même. Tu te dis « en fait si ça se trouve je suis dangereux »… alors que moi j’étais stable. Même si c’est vrai qu’il y a une période de ma vie où j’étais dangereux. Mais ça me définissait plus en tant que personne à ce moment. Oui prison psychiatrique, il y avait des gens qui venaient de prison, on en parlera ensuite.

Moi les potes que je me suis fait là-bas, il y en avait pas mal qui venaient de l’islam radical. J’ai rencontré un mec qui s’appelait Amin, son père était recruteur Al Qaida donc il avait quand même un passif par rapport à ça mais je sais pas si ça relevait vraiment de la psy… car entre croyance radicale et délire mystique des fois la frontière est floue. J’étais enfermé avec un militaire algérien qui était en guerre contre sa hiérarchie en prison, et lui ça ressemblait beaucoup plus à un truc politique… en fait on a des statuts bâtards là bas, l’UMD c’est un peu un fourre tout.

La prison veut pas de nous, et la psychiatrie veut pas de nous non plus.

 

Tu veux dire que des fois faire passer pour de la folie des choses qui n’en sont pas forcément c’est une manière bien pratique de caser les gens quelque part…

 

Oui c’est ça il y a différentes choses. Y’a des gens qui avaient des comportements violents, après je sais pas s’ils m’ont dit toute la vérité par rapport à ce qu’ils avaient fait mais … C’est toujours difficile de juger parce que tous les handicaps ne sont pas visibles… mais les gens que j’ai rencontré là-bas avaient des discussions, étaient cohérents, rationnels.

Ça ressemblait vachement à des trucs politiques, il y avait pas mal de mecs de quartiers qui avaient eu des embrouilles...après y’avait un passif par rapport à la psychiatrie, mais j’avais l’impression que ça sonnait un peu comme la punition. La punition parce que t’es quelqu’un de violent, bein on t’envoie un UMD, on te brise. Tu vois des gens qui étaient violents en prison, dans la rue… mais la violence c’est pas forcément une preuve de folie… ou alors des gens qui étaient croyants, des gens qui avaient la foi… tu vois on nous vend la laïcité républicaine… des gens qu’on allait affubler de délires mystiques… ok mais dans ce cas si tu crois au mythe de la natalité et que la vierge elle a enfanté, est ce que c’est rationnel ? Non… est ce qu’on va t’enfermer ? Non. Je pense que c’est politique aussi, j’ai pas rencontré de catholiques intégristes en UMD…

 

Quand tu parles de briser les gens, c’est quoi les moyens qu’ils ont ?

 

Ça me parait extrême de dire briser les gens mais c’est vrai que je l’ai dit. C’est insidieux. C’est pas qu’ils vont te mettre des coups de bâtons … enfin, être séquestré, être contraint à être attaché, être privé de liberté c’est des contraintes fortes on est d’accord, ça participe à briser... parce qu’on te fait miroiter un peu plus de liberté, un peu plus de clope, un peu plus de parc… un peu plus de … peu de choses mais pour toi ça compte. Et du coup on te conditionne à être sympa avec le personnel, à être conciliant… moi j’ai pas un tempérament... j’étais pas en contradiction, j’étais pas en guerre contre eux ; je vivais ça un peu comme une peine, et puis j’avais besoin de me remettre aussi, j’avais besoin de soins, donc je l’ai pris un peu comme ça.

 

Mais déjà on te prive de tes vêtements, on te prive de ton apparence, t’as pas accès à tes passions, tu vois tes amis et ta famille au début que ta famille… tu les vois rarement parce que c’est pas hyper cool comme cadre pour voir un pote et puis t’as pas forcément envie d’être vu …

Et puis il y a les traitements aussi qui te brisent. Maintenant ça a changé mais pendant longtemps… moi j’étais sous un neuroleptique d’ancienne génération qui s’appelle l’Haldol. Je suis rentré j’ai pris 20 kilos, je bavais, j’avais du mal à parler, donc j’étais en train de mettre en place une stratégie pour me suicider là bas. Pour moi c’était pas possible pour moi de vivre comme ça. Je le jugerai jamais chez quelqu’un d’autre, quelqu’un qui est bien comme ça y’a pas de souci. Mais pour moi c’était pas possible. De perdre ma personnalité, ma tchatche, mon style… pas possible. C’était plus moi… et du coup ça participe à briser une personnalité. Le fait que t’ait pas tes vêtements, ton apparence, c’est dépersonnalisant… et puis tu vis dans un cadre où on est qu’entre nous, c’est validiste en fait. C’est très hiérarchisé. T’as le corps soignant, et t’as les patients. Et on nous infantilise, on nous fait faire des activités… t’as pas envie de jouer au petits chevaux à 35 piges, t’as autre chose à faire en fait… t’as juste autre chose à faire de ta vie.

Et après on te met, ce qu’ils appellent du séquentiel, petit à petit comme quand tu rajoutes de l’eau à un poisson pour pas qu’il crève tu vois. Pour te dire, on m’a mis en hôpital de jour, bein il y avait 3 ou 4 jours par semaine complets à attendre dans une pièce, pour rien. Pour rien faire. Juste pour pas pouvoir faire autre chose. Alors que moi j’avais mes potes à voir, ma famille, j’avais mes groupes de musique, j’essayais de me remettre sur les rails quoi…

Et du coup ça te brise, ça te contraint. Ça te brise mais ça te forge aussi parce que forcément au bout d’un moment, tu crées des velléités ; t’as un peu une haine de l’institution qui se forme automatiquement, parce qu’on te traite comme un gosse et puis… ouais, y’a rien qui va.

Après ça c’est parce qu’on parle de contraintes et de tous les aspects négatifs, mais y’ a aussi du positif. J’ai perdu beaucoup de temps, mais y’a peut être un an et demi ou deux ans qui ont été utiles pour moi, où j’ai eu un accès aux soins, parce que j’étais perdu totalement dans ma vie...

parce que j’avais des hallucinations de fou, je vivais dans un monde de dingue… et j’avais des délire de persécution aussi, donc c’était pas confortable comme situation. et c’est vrai que je m’en suis sorti, en partie grâce à moi, parce que j’ai fait des choix dans ma vie, et aussi en partie grâce aux institutions, parce que j’ai eu accès aux soins, parce que les diagnostics étaient justes, il n’y a pas eu d’errance médicale, et ils ont été à l’écoute quand j’ai voulu changer de traitement, j’ai pu avoir accès à un neuroleptique de seconde génération, avec beaucoup moins d’effets secondaires, j’ai pu me remettre au sport, j’ai pu parler normalement...

Y’a du pour et du contre.. mais tout n’est pas rose en psychiatrie ça c’est clair…

 

C’était quoi la différence de traitement entre des personnes qui sont en UMD et qui sont détenues, et d’autres qui ne le sont pas ?

 

Alors du point de vue de l’institution il n’y en a pas vraiment, ils sont tous traités comme patients. Par contre il y a une différence entre les patients, et qui se répercute aussi, qui est valable aussi en prison. Nous on nous appelle les endormis, y’ pas mal de préjugés parce qu’on a des troubles psy. Et moi je l’ai senti parfois chez des gens qui venaient de prison en UMD, ils hiérarchisaient dans leur tête. Entre ceux qui avaient des pathologies et ceux qu’i n’en avaient pas.

Après l’institution c’est du cas par cas, moi je peux pas vraiment dire… J’ai l’impression qu’il y avait un excès de soins, que des fois on allait traiter des problèmes qui n’existaient pas, ou alors inventer un diagnostic qui n’était pas forcément avéré. J’avais l’impression qu’il fallait justifier le fait que les gens soient un UMD , alors qu’ils y avaient été envoyés de façon arbitraire.

 

Comment tu fais pour sortir de l’UMD ?

 

Pour sortir, t’as une commission tous les 6 mois, c’est le tarif, pour tout le monde c’est pareil. Tous les 6 mois tu passes devant un collège, et tu dois défendre ta sortie. Il y a du corps soignant et aussi de la justice dans ce collège. Je ne sais pas exactement… je sais qu’il y avait pas mal de gens qui étaient la pour traduire, pour des gens qui ne parlaient pas français. Et tu dois défendre ta sortie… Et j’imagine que c’est pas facile pour tout le monde, ça dépend où t’en es dans ton évolution par rapport à ta pathologie… c’est tous les 6 mois, et c’est reconductible à l’infini… j’étais enfermé avec un mec qui avait un diagnostic qui était dit dégénératif, il avait de la paranoïa, donc d’un point de vue médical il n’y avait pas de perspective d’évolution, donc il savait qu’il allait passer sa vie là bas. Il n’avait aucune perspective de sortie.

En moyenne on y passe 1 an, ça peut être plus Moi j’y ai passé 6 mois parce que encore une fois j’étais stabilisé depuis longtemps et puis je n’ai pas fait de vagues, je n’étais pas violent, on m’a mis en pavillon de sortie direct. J’ai pas fait de la lèche non plus, j’étais pas problématique avec l’institution, ils m’ont mis en truc sortant, je suis sorti vite parce que j’ai pu me défendre.

Je me suis défendu en disant « je suis pas un malade difficile, je suis pas venu là pour ça, c’est pas la raison qu’on m’a donné », j’ai expliqué ma situation j’ai un statut légal. Mais bon parce que c’était clair dans ma tête, imagine quand t’es pas stabilisé… peut être qu’il y a d’autres modalités, des médiations, je sais pas exactement comment se passent tous les collèges de tout le monde.

 

C’est quoi la différence entre une UMD et la prison ?

 

Honnêtement je ne sais pas parce que je ne suis pas allé en prison. J’y ai échappé de justesse parce que j’avais un diagnostic de posé, parce que j’étais déjà à l’hôpital. Moi je suis rentré pour une tentative d’homicide, c’est les flics qui m’ont emmené en HP parce que j’étais délirant ; je disais des trucs totalement incohérents, enfin, ça avait une cohérence à ce moment là pour moi, mais uniquement pour moi...

La plupart des gens avec qui j’en ai parlé qui avaient fait les deux, ils m’avaient dit qu’ils préféraient la prison, à cause de l’obligation de soins, ces traitements qui t’éclatent, qui te clouent au sol… et la méthode elle a changé, maintenant ils partent de la dose minimale pour trouver la dose minimum utile, avant ils partaient du maximum donc ils surdosaient, ce qui fait que t’étais un légume.. ; plus tous les effets secondaires, prise de poids, sédation… tout ça...

 

Est ce que t’as autre chose à dire sur cet endroit ?

 

Bein tout est dans le nom. C’est un lieu de privation de liberté avant tout. C’est aussi un lieu de soins, mais honnêtement ils n’ont pas les moyens de soigner les gens... C’est plus liberticide que bienveillant il me semble... et c’était aussi traumatisant, notamment la première semaine, plus le séquentiel, les repas à heures fixes en boucle, la douche le matin obligatoire… tu te lèves à 7h du mat’ t’as pas envie de prendre ta douche tu préfères te doucher le soir t’as pas le droit… c’est des trucs qui ne font pas sens en fait, c’est très autoritaire. Ouais c’est traumatisant comme expérience. Surtout que tu sais quand tu rentres mais tu sais pas quand tu sors en fait. Ça aussi c’est dur à vivre. Après sinon, au niveau « entre nous » entre patients c’était plutôt cool c’était le point positif, on se soutenait vachement. On avait une bonne entente, des rapports amicaux, c’était chouette. Ça donnait une respiration.

 

Ça veut dire quoi le soin pour toi ?

 

Bein le soin ça s’arrête à ce qui a été positif pour moi. Ça veut dire que tout le coté intégration, réinsertion, éducation, je le considère pas comme du soin. Pour moi c’était un soin chimique. Parce que j’ai pris les molécules qui m’ont stabilisé, qui m’ont aidé à trouver la dose utile. Ça pour moi c’est du soin, et j’étais consentant. J’étais sous obligation de soins, mais j’étais consentant. J’arrêterais pas mon traitement aujourd’hui, personnellement, parce que ça me fait du bien mais pour moi le soin c’est principalement ça, et aussi le contact avec les autres patients, plus qu’avec le corps médical. Parce qu’on s’entraide vachement, on s’écoute on a des problématiques communes donc on peut se faire avancer les uns sur les autres. Ça ça fait partie du soin aussi je trouve, le rapport aux autres. Particulièrement entre nous, entre personnes soignées.

Au-delà de ça il y a tout un truc dans les institutions mais que tu retrouves dans toutes les strates de la société qui sont de l’éducation, de la réinsertion, de l’autorité, qui pour moi sont une pure perte de temps, c’est pas comme ça qu’on fait, ça marche pas…

 

J’ai entendu parler de plusieurs personnes qui ont eu des formes de folie qui se sont déclenchées suite à des passages répétés au mitard en étant incarcéré, et qui sont « sortis fous » ça t’évoque quoi ?

 

Ça m’évoque que la maltraitance ça créé des traumas, et ça s’appelle de la séquestration, effectivement on parle d’autorité, d’éducation autoritaire, je pense que ça ça marche pas, ça crée plus de problèmes qu’autre chose. C’est une punition, c’est une maltraitance, il n’y a rien à en tirer comme leçon...

Mais moi c’est pareil, j’étais « contenu » donc j’étais attaché à un lit…parce que j’ai un bon gabarit, parce que je suis arrivé pour pour des faits de violences avérés, j’ai mis un coup de couteau à mon voisin. Donc j’étais attaché. Mais tu vois j’avais une copine qui avait des troubles border line, elle est restée attachée pendant des semaines, des mois, elle pouvait même pas aller aux toilettes… c’est des choses qu’on partage avec les gens de la prison, c’est à dire qu’on a des traitements qui sont de l’ordre de l’humiliation, de la dégradation, et c’est juste de l’autorité mal placée, c’est te contraindre, te briser, mais tout ce qu’ils créent c’est la haine de l’institution.

Et des traumatismes, et pourquoi pas des pathologie, j’imagine que c’est possible que si tu reste enfermé dans un mitard, que t’as pas de contacts humains, tu peux rien faire d’autre, t’es entre 4 murs, bein tu tournes la carte, c’est logique, ça paraît logique….

 

Qu’est ce que tu penses de quelque chose que j’ai entendu plusieurs fois, qui est un gros lieu commun, dans des procès qui en général sont médiatisés, et où il y a tout un enjeu sur être reconnu comme fou ou pas, et où on entend parfois dire que être reconnu comme fou ça serait la carte de la facilité parce que ça permettrait d’échapper à la prison, sous entendu que ce que tu vivrais ça serait facile en comparaison de la prison.

 

Ouais dans un sens ça peut paraître un préjugé mais dans mon histoire personnelle je vais plutôt confirmer de biais là. Moi il y avait un expert psychiatre qui était là à mon jugement, et moi j’étais vraiment en attente d’une expertise avec un diagnostic de posé et j’attendais une abolition de discernement, sinon j’allais faire 10 ou 15 ans de prison pour tentative d’homicide avec préméditation, et en fait moi j’ai fait 3 ans et j’aurais du faire 1 an et demi. Donc oui j’étais soulagé qu’il y ait un diagnostic, et c’était plutôt cool pour moi de pas aller en taule, j’ai pas perdu 15 ans de ma life, c’était 3 ans, je pouvais voir mes potes de temps en temps, donc effectivement dans mon sens c’était bien, mais il y a les cas inverses aussi, je dis pas que c’est tout le temps comme ça.

 

T’as l’abolition de discernement partielle, où t’es accessible au pénal au tiers de la peine, et l’abolition totale, où t’es pas accessible au pénal, c’est un peu litigieux mais en gros t’es accessible au civil mais pas au pénal. Et une peine de prison ça relève du pénal.

Donc quand il y a une abolition de déclarée, vu que t’as été jugé, la justice a « fait son travail », donc ils te repassent entre les mains de la médecine et si t’es sortant ou stabilisé du point de vue médical, bein t’es sortant. Sous condition parfois de réinsertion forcée, parfois d’hôpital de jour 4 jours par semaine…

Moi j’ai rencontré des gens qui buvaient deux bières par jours, qui avaient des aménagements de poste, qui pouvaient pas mener leur vie comme ils voulaient. Ils étaient obligés d’être là trois jours par semaine en sortant de taf adapté. Ou des gens qui se baladaient avec un couteau dans la main en ville et qui n’arrivaient pas à se faire interner… donc c’est oui et non quoi, parce qu’il y a des gens qui préféreront aller en prison.

Parce que si c’est pour qu’on brise ta vie, que tu passes ta vie en UMD, que tu sois sédaté… effectivement je peux comprendre. Mas il y a aussi quelque chose de l’ordre de la honte la dedans, parce qu’on a un rapport à la pathologie qui est honteuse. C’est difficile d’admettre qu’on est fou, c’est mal vu, et dans toutes les strates de la société. Donc ils y en a qui préféreront aller en prison aussi pour ça.

Mais bon, moi j’ai pas été en prison, je pense qu’il y a pas mal de similitudes, notamment dans le rapport aux autres… parce qu’on est vachement soutenant, les clopes ça compte, on charbonne les uns pour les autres… je faisais rentrer des cartouches, des truc comme ça. Il y avait des gens qui consommaient, on arrivait à trouver du shit, des trucs…

C’est un peu la routine tu vois, et la routine de la prison, même si je l’ai pas connue, bein je pense que ça y ressemble. Tu vois t’as un gâteau, t’as un jus de fruit, tu partages avec ton pote, t’essayes de trouver des clopes… tu t’occupes, tu fais des trucs… si on te contraint à un traitement qui te sédates complètement qui fait que t’es plus bien dans ta personne, et que ça te mène au suicide, bein c’est quasiment une peine de mort, on te prive de qui tu es.

Il y a eu un suicide et une tentative de suicide là bas chez mes proches, c’est commun en psychiatrie et c’est banalisé. Mais c’est parce qu’il y a un profond mal être donc ouais je pense que pour certains c’est préférable d’aller en prison. Parce que tu sais quand tu sors, parce que t’es pas privé de ta personnalité

Maintenant moi j’ai préféré faire 3 ans de psy, sortir, et redevenir maître de mon soin, parce que maintenant je n’ai plus d’obligation de soins, je suis consentant à telle dose mais pas à telle dose je me connais, je ne me mets pas en danger par rapport à la maladie.

Mais moi j’avais des vraies problématiques de soins, c’était avéré. J’ai préféré faire 3 ans que 15, j’étais soulagé que l’abolition elle sorte. Des expertises j’en ai eu 4, y’en a aucune qui se contredisait. Mon diagnostic il était hyper clair parce que je suis le stéréotype du schizo je coche toutes les cases… j’avais toutes les hallucinations, j’avais la persécution, j’étais en délire total, j’ai fait une bouffée délirante de 2 ans et demi. On parle de bouffée délirante quand ça n’excède pas un mois, et en général on pose un diagnostic du spectre de la schizophrénie quand ça dépasse trois mois. Moi ça a été deux ans et demi.

Effectivement j’étais complètement dépossédé de ma vie à ce moment. C’était la parole d’un psychiatre qui allait déterminer si j’allais passer les 10 ou 15 prochaines années de ma vie en prison ou non. Donc ouais je serais un peu les poings et je serrais un peu les dents au tribunal.

 

Une question encore qui touche aux préjugés et discriminations qui touchent aux « fous », que ça soit en prison ou dehors, tu en as déjà parlé un petit peu mais est ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais dire ?

 

Je suis en train de me former la dessus, sur les questions de validisme etc, c’est pour ça je m’excuse si j’ai employé des mots ou eu des propos pas forcément justes ou adaptés parce que je suis encore en formation la dessus.

Je dirais que la première personne stigmatisante pour les fous c’est soi même, c’est ce qu’on appelle l’auto-stigmatisation. C’est soi même mais par le biais de la société, c’est à dire que le regard qu’on porte sur nous va nous contaminer et on va porter nous même un regard stigmatisant sur nous mêmes. Se définir en tant que fou, aller que dans des endroits spécifiques, où on est que entre patients... moi je ne fréquente pas les GEM (groupes d’entraide mutuelle) par exemple, parce que j’estime que j’ai à vivre dans le monde classique

Tous les gens qui ont un handicap visible, qui sont par exemple dans un fauteuil roulant ne sont pas tous entre eux et jamais ailleurs… et même si c’est le cas ils sont frappés de validisme tu vois, mais ça ne fait pas sens. Et de se dire qu’on fait partie du monde réel et on n’a pas à être mis à la marge, entre nous… et puis ça n’aide pas, parce qu’on se définit avant tout comme patients, comme fous j’ai une pathologie, « toi t’es quoi » « je suis si », « je suis ça »…. On est pas un diagnostic, on est une personne complète et je pense que c’est bien de sortir un peu de tout ça, des endroits spécialisés… c’est une des strates du validisme.

C’est comme au cinéma, quand t’as une personne handicapée, ça veut dire que le film traite de ça. T’as pas le frère ou la femme handicapé qui est juste un personnage… c’est dans des trucs que j’ai écouté récemment qui critiquent le téléthon, les jeux paralympiques, qui véhiculent pas mal de stigmates en fait qui visibilisent la pathologie comme quelqu’un en souffrance, qui a besoin d’aide... En fait la vie de fou elle peut être cool aussi.

Moi je me suis posé la question de si je voulais pas y retourner, dans mon monde magique tu vois… Bon la réponse est non parce qu’il y a la persécution, et il y a la dangerosité donc moi j’ai fait ce choix là.

Mais on peut aussi apprendre à vivre avec la maladie, et c’est charmant, il n’y a pas de problème tu vois… on fait partie de ce monde, comme tout le monde.

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